Séminaire de Paris

L’INVENTION (II)
LES TENSIONS SÉMIOTIQUES ENTRE CRÉATIVITÉ ET INSTITUTION

Les coordinateurs pour l’année 2017-18
Pierluigi Basso Fossali et Jean-François Bordron

Invention et institution

Si l’institution porte la charge d’établir une certaine continuité, l’invention dessine, pour sa part, la nécessaire discontinuité du sens. On peut se demander si cette alternance est elle-même soumise à des règles ou si sa complexité est telle qu’il est possible de la considérer comme aléatoire. Le point de vue institutionnel peut se mesurer à la performativité d’une invention à partir de l’assurance d’une réinscription efficace de facteurs auparavant intraitables ou indéterminés dans son organisation traditionnelle ; mais l’invention peut opérer aussi un changement de paradigme qui oblige l’institution à se renouveler ou à passer la main à d’autres agences institutionnelles, parfois créées ad hoc (par ex. l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Le paradoxe est que sur le plan d’une appréciation synchronique, les institutions devraient afficher le caractère non nécessaire d’inventions ultérieures. C’est pourquoi les institutions cherchent à se présenter comme des instances organisatrices qui offrent des opportunités structurales, des programmes collectifs et des indicateurs de performativité efficiente en tant que modèles d’interaction dotés d’une histoire et d’une légitimation.
Saussure pensait la langue en tant qu’institution sui generis, au vu de son fondement arbitraire. Cependant, l’institution est une notion peu envisagée en sémiotique bien qu’elle soit au centre de divers problèmes et de diverses disciplines. On peut penser aux institutions symboliques de toute nature, aux institutions juridiques, au contrat social, aux institutions politiques, religieuses, etc. Une institution est ainsi la création d’un régime sémiotique au croisement de diverses disciplines et l’horizon de contrôle des praxis énonciatives qui en résultent. L’institution se caractérise par une certaine stabilité dans le temps, ce qui est en partie sa raison d’être. En cela, on peut la comprendre comme une invention durable et souvent établie progressivement. Une institution, pour entrer dans une pratique, doit être perçue comme légitime. Elle pose donc, d’une façon générale, la question des systèmes de légitimité. Quelle que soit la source de sa légitimité, une institution suppose une certaine adhésion, donc une croyance (une foi) qui doit elle-même être fondée, rationnellement ou mythiquement.
Ces diverses strates (ou niveaux) d’organisation suggèrent que l’évolution d’une institution peut relever de différentes sources, chacune pouvant produire à sa façon des moments de crise. Ces crises paraissent propres à favoriser l’invention de nouvelles institutions ou de nouveaux dispositifs. C’est évident pour les institutions politiques. Mais il en va de même, par exemple, pour les institutions artistiques. Dans les différents domaines sociaux il y a toujours une double contrainte : d’une part, suivre des normes et accepter des valeurs, d’autre part, jouer un rôle créatif ou simplement un rôle d’interprète qui doit en faire évoluer le sens (même à l’intérieur d’une tradition juridique).
L’invention ne serait alors qu’un passage déstabilisant dans la dialectique entre créativité et institution, qui oblige un domaine social à restructurer à la fois les normes et les styles d’appropriation des dispositifs. À ce propos, la numérisation et la restructuration des pratiques culturelles autour des logiciels disponibles ne peuvent qu’afficher des problèmes inédits dans la dialectique entre créativité et paramètres normatifs d’écriture, diffusion et archivage, avec une succession rapide d’inventions diverses qui favorisent la naissance de tendances praxiques qui se substituent les unes aux autres avant une appropriation et une mise aux normes appréciables (“viralité” apparente du neuf).

Informations pratiques

Lieu et horaire
Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme Maison Suger
16, rue Suger 75006 Paris (M° Odéon)
Mercredis, 13h30-16h30

Calendrier
8 novembre, 22 novembre, 6 décembre, 10 janvier, 24 janvier, 7 février, 28 février, 14 mars, 28 mars, 11 avril, 25 avril, 16 mai, 30 mai

Conseil scientifique
Pierluigi Basso, Denis Bertrand, Anne Beyaert-Geslin, Jean-François Bordron, Nicolas Couégnas, Ivan Darrault-Harris, Maria Giulia Dondero, Jacques Fontanille, Didier Tsala-Effa, Alessandro Zinna

Interventions

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