Séminaire de Sémiotique 2017-2018

SaISie

Séminaire International de Sémiotique à Paris

2017-18

L’INVENTION (II)

LES TENSIONS SÉMIOTIQUES ENTRE CRÉATIVITÉ ET INSTITUTION

Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme Maison Suger

16, rue Suger 75006 Paris (M° Odéon)

Les coordinateurs pour l’année 2017-18

Pierluigi Basso Fossali et Jean-François Bordron

Mercredi, 13h30-16h30

Texte d’orientation et programme

Invention et institution

Si l’institution porte la charge d’établir une certaine continuité, l’invention dessine, pour sa part, la nécessaire discontinuité du sens. On peut se demander si cette alternance est elle-même soumise à des règles ou si sa complexité est telle qu’il est possible de la considérer comme aléatoire. Le point de vue institutionnel peut se mesurer à la performativité d’une invention à partir de l’assurance d’une réinscription efficace de facteurs auparavant intraitables ou indéterminés dans son organisation traditionnelle ; mais l’invention peut opérer aussi un changement de paradigme qui oblige l’institution à se renouveler ou à passer la main à d’autres agences institutionnelles, parfois créées ad hoc (par ex. l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Le paradoxe est que sur le plan d’une appréciation synchronique, les institutions devraient afficher le caractère non nécessaire d’inventions ultérieures. C’est pourquoi les institutions cherchent à se présenter comme des instances organisatrices qui offrent des opportunités structurales, des programmes collectifs et des indicateurs de performativité efficiente en tant que modèles d’interaction dotés d’une histoire et d’une légitimation.

Saussure pensait la langue en tant qu’institution sui generis, au vu de son fondement arbitraire. Cependant, l’institution est une notion peu envisagée en sémiotique bien qu’elle soit au centre de divers problèmes et de diverses disciplines. On peut penser aux institutions symboliques de toute nature, aux institutions juridiques, au contrat social, aux institutions politiques, religieuses, etc. Une institution est ainsi la création d’un régime sémiotique au croisement de diverses disciplines et l’horizon de contrôle des praxis énonciatives qui en résultent.

L’institution se caractérise par une certaine stabilité dans le temps, ce qui est en partie sa raison d’être. En cela, on peut la comprendre comme une invention durable et souvent établie progressivement. Une institution, pour entrer dans une pratique, doit être perçue comme légitime. Elle pose donc, d’une façon générale, la question des systèmes de légitimité. Quelle que soit la source de sa légitimité, une institution suppose une certaine adhésion, donc une croyance (une foi) qui doit elle-même être fondée, rationnellement ou mythiquement.

Ces diverses strates (ou niveaux) d’organisation suggèrent que l’évolution d’une institution peut relever de différentes sources, chacune pouvant produire à sa façon des moments de crise. Ces crises paraissent propres à favoriser l’invention de nouvelles institutions ou de nouveaux dispositifs. C’est évident pour les institutions politiques. Mais il en va de même, par exemple, pour les institutions artistiques.

Dans les différents domaines sociaux il y a toujours une double contrainte : d’une part, suivre des normes et accepter des valeurs, d’autre part, jouer un rôle créatif ou simplement un rôle d’interprète qui doit en faire évoluer le sens (même à l’intérieur d’une tradition juridique).

L’invention ne serait alors qu’un passage déstabilisant dans la dialectique entre créativité et institution, qui oblige un domaine social à restructurer à la fois les normes et les styles d’appropriation des dispositifs. À ce propos, la numérisation et la restructuration des pratiques culturelles autour des logiciels disponibles ne peuvent qu’afficher des problèmes inédits dans la dialectique entre créativité et paramètres normatifs d’écriture, diffusion et archivage, avec une succession rapide d’inventions diverses qui favorisent la naissance de tendances praxiques qui se substituent les unes aux autres avant une appropriation et une mise aux normes appréciables (“viralité” apparente du neuf ).

***

Nous proposons aux intervenants trois critères d’orientation avec un degré progressif (mais non contraignant) de précision, afin de structurer le débat et de favoriser une publication des actes cohérente et facettée, voire interdisciplinaire :

a) structurer les séances autour d’un domaine social spécifique : créativité et institutionnalisation du sens dans l’art, la science, la religion, la pédagogie, la médecine, la politique, etc. ;

b) se positionner de manière contrastive par rapport au domaine traité : les axes contrastifs pourraient être : paradigme / syntagme, procédure / style, utopie / hétérotopie, etc. et selon des approches synchroniques, diachroniques, diatopiques, etc. ;

c) envisager la possibilité d’analyser le même objet en mettant en tension la perspective de la créativité et la perspective de l’institution (ce qui pourrait être réalisé aussi à travers deux interventions relevant d’approches disciplinaires différentes).

On peut penser immédiatement à l’intérêt d’étudier des lieux sociaux (un établissement scolaire, un hôpital, un « fablab », etc.), des pratiques interactionnelles (le procès juridique, la négociation économique, etc.), des dispositifs (l’ergonomie relève à la fois de la sécurité normée d’emploi et de la libre assomption prothétique) selon deux perspectives différentes mais spéculaires (l’institution réfléchit les « marges » de créativité, cette dernière réfléchit le pouvoir des normes). Cela ne peut qu’avoir un reflet méthodologique : montrer comment la sémiotique peut constituer l’objet d’analyse selon des cadres de pertinence différents (l’immanence relève d’une stratégie d’intégration spécifique).

Calendrier : 8 novembre, 22 novembre, 6 décembre, 10 janvier, 24 janvier, 7 février, 28 février, 14 mars, 28 mars, 11 avril, 25 avril, 16 mai, 30 mai

Conseil scientifique: Pierluigi Basso, Denis Bertrand, Anne Beyaert-Geslin, Jean-François Bordron, Nicolas Couégnas, Ivan Darrault-Harris, Maria Giulia Dondero, Jacques Fontanille, Didier Tsala-Effa, Alessandro Zinna

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PROGRAMME

8 novembre

INTERVENANT (1) : Pierluigi Basso Fossali, « Invention et institutionnalisation de la créativité »

INTERVENANT (2) : Jean-François Bordron, « Institution et invention : le problème du continu sémantique »

DOMAINES : Présentation générale du séminaire

 

22 novembre

TABLE RONDE : Le tiers instituant et la subversion

INTERVENANTS : Antonino Bondì, Pierre-Antoine Navarette, Emmanuelle Pelard, Julien Thiburce, Enzo D’Armenio

DOMAINE : Le tiers instituant et la subversion

 

6 décembre

INTERVENANT (1) : Diana Luz Pessoa de Barros, « Invention et institution dans le discours juridique : le contentieux judiciaire sur la question de l’auteur »

INTERVENANT (2) : Sémir Badir : « Des institutions écologiques »

DOMAINES : INSTITUTIONS JURIDIQUES (1) / INSTITUTIONS POLITIQUES (1)

 

10 janvier

INTERVENANT (1) : Paolo Fabbri, « Inventer la tradition : ethno-sémiotique du tourisme »

INTERVENANT (2) : Hélène Pauliat : « Invention juridique et institutionnalisation par la jurisprudence »

DOMAINES : L’INVENTION DE LA TRADITION (1) / INSTITUTIONS JURIDIQUES (2)

 

24 janvier

INTERVENANT (1) : François Rastier, « L’invention artistique comme découverte etcomme métamorphose »

INTERVENANT (2) : Pierre Boudon

DOMAINE : INSTITUTIONS DE L’ART (1) ET (2)

 

7 février

INTERVENANT (1) : Jacques Fontanille, « La double contrainte de la recherche scientifique, entre invention et reproductibilité »

INTERVENANT (2) : Didier Tsala-Effa : « Jeux d’interactions en Ehpad : enjeux sémiotiques d’une institution socio-médicale »

DOMAINE : INSTITUTIONS SCIENTIFIQUES (1) ET MÉDICALES (1)

 

28 février

INTERVENANT (1) : Denis Bertrand

INTERVENANT (2) : Julien Longhi

DOMAINE : INSTITUTIONS POLITIQUES (2) ET (3)

 

14 mars

INTERVENANT (1) : Bruno Bachimont : « Le numérique et les normes : comment l’apriori (technique) devient institution (sociopolitique) »

INTERVENANT (2) : Peter Stockinger

DOMAINE : INSTITUTIONS ET TECHNOLOGIES NUMÉRIQUES (1 ET 2)

 

28 mars

INTERVENANT (1) : Anne Beyaert : « L’invention dans les arts plastiques, l’artisanat et le design »

INTERVENANT (2) : Michel Meyer

DOMAINES : INSTITUTIONS DE L’ART (3) / INSTITUTIONS DISCURSIVES (1) : les institutions oratoires

 

11 avril

INTERVENANT (1) : Michel Lussault

INTERVENANT (2) : Jean Lassègue

DOMAINES : GÉOGRAPHIE ET INVENTION DU TERRITOIRE (1) / FORMES SYMBOLIQUES DE L’INSTITUTION (1)

 

25 avril

INTERVENANT (1) : Romain Laufer

INTERVENANT (2) : Marion Colas-Blaise : « Institutionnaliser l’art, dés-institutionnaliser par la création : le geste performant »

DOMAINES : MANAGEMENT ET INSTITUTION (1) / INSTITUTIONS DE L’ART (4)

 

16 mai

INTERVENANT (1) : Dominique Maingueneau

INTERVENANT (2) : Dominique Ducard

DOMAINE : INSTITUTIONS DISCURSIVES (2 ET 3) : le cas de la philosophie

 

30 mai

INTERVENANT (1) : Ivan Darrault-Harris, conclusion

DOMAINE : INSTITUTIONS DE L’ART (5)

Assemblée générale du 1er juin 2017 à Paris, UNESCO

Assemblée générale de l’AFS

1er juin 2017- Maison du Brésil, Paris, 19h.

L’assemblée générale statutaire de l’AFS a été réunie le 1er juin 2017, à la Maison du Brésil de la Cité Internationale de Paris, l’avant-dernier jour du Congrès en hommage au centenaire de Greimas, à 19h. On pouvait compter une bonne centaine d’adhérents présents.
Continuer la lecture de « Assemblée générale du 1er juin 2017 à Paris, UNESCO »

Hommage à Tzvetan Todorov

 

Paris, le 10 février 2017

L’Association Française de Sémiotique rend hommage à la haute figure de Tzvetan Todorov, à la fois sémiologue, essayiste et moraliste. Au moment où les anciens disciples d’Algirdas Julien Greimas, fondateur de la sémiotique française, s’apprêtent à célébrer, avec les nouvelles générations de sémioticiens, le centenaire de sa naissance lors d’un grand congrès à l’Unesco à la fin du mois de mai 2017, ils se souviennent que Tzvetan Todorov a été l’un de ses premiers compagnons de route dans les années 1960.

Ils avaient en partage la passion du récit et le regard de l’exilé.

Les voies qu’il a choisies par la suite, plus étroitement en prise sur l’Histoire et sur les drames de nos sociétés, ne contredisaient pas cet engagement premier. Les travaux qui l’ont fait largement connaître, en imposant l’image de lucidité critique et d’authentique sagesse du savant, conservaient l’esprit de méthode, le souci de la justesse et la quête de l’objectivité issus de ses recherches théoriques initiales et des compagnonnages de cette époque.

Les membres de l’association française de sémiotique et au-delà, tous les sémioticiens et sémiologues s’associent à la peine de sa famille et de ses proches.

Denis Bertrand

Président de l’AFS

Séminaire de sémiotique 2016-2017

Séminaire International de Sémiotique à Paris

2016-17

L’invention :

agencements critiques entre thésaurisation, imagination et programmation

Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme Maison Suger

16, rue Suger 75006 Paris (M° Odéon)

Mercredi, 13h30-16h30

Texte de présentation

L’étude de la transmission nous a montré, ces deux années passées, qu’il s’agissait là d’une syntagmatique dont le parcours était loin d’être homogène. Les nombreuses discontinuités repérées indiquent la nécessité de trouver des sutures narratives et de reconnaître la dimension affective d’une aventure du sens. Ainsi, la transmission requiert une certaine appropriation de la part des énonciataires, ce qui suppose souvent de nombreuses médiations[1], lesquelles peuvent devenir aussi le point de départ d’une diffraction des parcours. La séquence canonique {médiation, transmission, appropriation} peut alors se décliner en agencements de stratégies et de tactiques, de revendications et de concessions. Une série de tensions dialectiques semblent encadrer les actes de reprise et de changement dans la transmission, ce qui peut conduire à les reconnaître comme des représentations dans la négociation des opérations sur le sens hérité (ressource, patrimoine, horizon).

Dans ce contexte, le thème de l’invention nous a semblé pouvoir déployer une nouvelle direction de recherche pour cette année. L’invention en effet ne peut pas être isolée, et la perturbation de la séquence canonique qu’elle implique s’ouvre sur d’autres syntaxes. La vertu de l’inventivité doit s’articuler avec des aptitudes contraires : la constance par rapport aux tentations digressives, la fermeté dans la réalisation du projet face à la remise en cause des raisons, la persévérance vis-à-vis des contingences adverses. L’invention peut connaître des formes extrêmes, comme un projet « révolutionnaire » qui change des paradigmes entiers d’une culture, et des formes très affaiblies, comme la solution ad hoc dont la ligne programmatique est déjà intériorisée. La conscience historique de l’agir intensifie les représentations qui favorisent l’articulation toujours difficile entre l’invention et la constance programmatique, notamment lorsqu’une asymétrie temporelle se forme entre le travail de l’imagination créatrice et la lente transition qui accompagne l’implémentation sociale d’une solution inattendue, voire contre-intuitive par rapport à la mentalité dominante.

Tout cela montre l’enveloppement des pratiques par la dimension affective, avec cette attente de la résorption de discontinuité, de son actualisation et de sa validation en termes de résultats visés et d’effets collatéraux. Le discours programmatique doit aussi prendre en charge les créations qui sont devenues des traditions et accompagner ainsi une récursivité de l’invention soumise, en outre, à des conditions de résistance. Cette récursivité suggère une définition de l’invention comme opération qui consiste à projeter l’imagination, restituant à celle-ci non seulement sa dimension intersubjective (l’écrivant invente le potentiel d’imagination du lecteur), mais la présentant comme un facteur de sauvegarde au regard d’une cartographie accomplie et syntaxiquement figée des jeux de langage. G. Simondon[2], dans la lignée de H. Bergson, a pu ainsi décrire un cycle qui part des tendances perceptivo-motrices pour aller vers l’invention par le biais de l’image et de la symbolisation. Il s’agit au fond d’une syntagmatique de forme hélicoïdale dont de nombreuses propriétés restent à décrire.

Ainsi envisagée dans cette double perspective – en amont, celle qui la lie à la transmission, et en aval, celle qui l’attache à l’imagination –, l’exploration sémiotique de l’invention s’ouvre sur de nombreuses problématiques. En les parcourant, de la source à la cible, on peut ainsi suggérer les thèmes suivants :

  • Inventions des modèles de (conceptualisation) et des modèles pour (finalisation pratique) : discontinuités épistémologiques et généalogies technologiques ; expériences de pensée et programmes ; créativité débridée et codages procéduraux.
  • Relation de l’invention avec l’histoire : conjectures et anticipations, passé électif (mythisation) et idéalisation de l’avenir (utopie), redécouverte d’une tradition et futur passé. La tradition peut être vue en tant qu’innovation réussie : l’invention serait alors une sorte d’énonciation potentielle de l’histoire, avec sa projection (débrayage du projet), son cadre programmatique (déclinaisons figuratives) et son assimilation (embrayage dans les structures symbolique de la culture).
  • Inventivité et découverte : relations asymétriques ou formes de couplage entre elles ; constructivisme de la connaissance et « révélation » de la nature[3], validité et validation, vérité instaurée et vérification.
  • Formes d’engagement dans l’invention : de la paternité de la création (lien « consubstantiel » entre l’artiste et l’œuvre) à la production stochastique et aux machines célibataires qui nient la procréation d’inventions ultérieures (critique du lien entre art et activité critique) ; examen des postures programmatiques, depuis la création impulsive et déchaînée (action painting) jusqu’à la conception assistée par ordinateur ; problème de l’équilibre tensif, modulé éventuellement par des phases, entre spontanéité et attitudes professionnelles.
  • Relation entre invention, affinement et réalisation en tant que projet : parcours de l’imagination entre sa surface d’inscription initiale (non fiable : l’intuition peut « s’évaporer » rapidement dans l’esprit) et sa confirmation au moyen de processus cognitifs, affectifs, pragmatiques (objections/contre-objections sur la performativité des modèles et la faisabilité du projet, patience et persévérance, manipulations et tests de fiabilité).
  • Finalisations pratiques de l’invention qui la confient à des cadres programmatiques : conceptualisation, conception, réalisation des prototypes, reproductibilité optimisée, implémentation, brevets et droits d’auteur, thésaurisation ; cycles de l’invention et de l’innovation, obsolescences programmées, phases de progrès et de décadence mesurées à partir des innovations.
  • Transversalité de l’invention entre les domaines sociaux : impact épistémologique des inventions et réorganisation symbolique autour de leur affirmation ; leurs impacts sociétaux : singularisation et socialisation, conception individuelle et projet collectif, héritage et rotation des générations au pouvoir.
  • Appréciations culturelles d’un point de vue axiologique (éthique et esthétique notamment) : inventions anachroniques, latentes, ratées, dangereuses, ouvertement révolutionnaires, inimitables, etc. ; imaginaire de l’émancipation qui hante paradoxalement toute appartenance culturelle.
  • Dimension rhétorique de l’invention, liée aux discours sur la nouveauté, l’originalité, la sérendipité, l’exceptionnalité, et qui laisse à l’élaboration paratextuelle la tâche d’exhiber un caractère imaginatif (l’inventio[4]) ; dramatisation narrative de l’acte créateur à travers ses phases et esthétique du génie ; prestige des créateurs et attrait pour l’inventivité en tant que telle (dandy) ; créativité factice du kitsch.
  • Invention dans le champ linguistique : question de la néologie, ou invention de lexèmes contrastant avec l’impossibilité présumée d’inventer de nouveaux morphèmes (réservée à l’évolution diachronique incontrôlable) et créativité qui annonce un rejet des formes linguistiques (« matiérisme », recherche d’une réponse de la nature aux traitements des matériaux).
  • Perspectives anthropo-sémiotiques de l’invention en relation avec la fiction : imaginaires modaux hétéronomes (du conditionnement social aux théories du complot ou à l’anticipation d’horizons catastrophiques) et autonomes (autofiction, ambitions messianiques, etc.). De quel degré de fiction une forme de vie a besoin ? Quelles sont les formes d’appropriation de l’invention insoumise à la réalité ?

Cette vaste thématique de l’invention, déclinée ici depuis sa conception jusqu’à ses effets, dessine un programme pluriannuel de recherche. Les interventions au séminaire pourront sélectionner telle ou telle orientation ou aussi, naturellement, s’engager sur des voies inédites liées, directement ou non, au travail réalisé ces dernières années au sein de la communauté sémiotique. En particulier, on peut souligner l’intérêt d’innover en choisissant des thématiques et des sémiotiques-objets peu explorées par notre discipline, et en orientant cette innovation vers un dialogue interdisciplinaire susceptible de faire valoir notre tradition épistémologique, nos concepts heuristiques et nos instruments descriptifs. À ce propos, le séminaire insiste cette année sur une notion centrale dans les sciences humaines, de la phénoménologie à la sociologie en passant par la psychologie, celle de représentation. Cette notion, impliquée dans l’invention, constitue un front d’interrogation interdisciplinaire soumis à certaines contraintes qu’il nous appartient d’expliciter dans une perspective sémiotique.

Les coordinateurs pour l’année 2016-17

Pierluigi Basso Fossali & Jean-François Bordron

[1] Rappelons que la médiation et l’appropriation furent objets de colloques en 2015-2016, respectivement aux universités de Luxembourg et de Lyon II.

[2] G. Simondon, Imagination et invention, Paris, PUF, 2008.

[3] Cf. « Les procédures de découverte », Actes sémiotiques – Bulletin, VIII, 33, 1985.

[4] Les travaux de Claude Zilberberg sur la « nouveauté » d’un point de vue tensif, indiquent une voie à approfondir.

Programme du premier semestre

9 novembre 2016 – 13h30 Jean-François Bordron : « La place de l’image entre poïésis et praxis »

* * *

Pierluigi Basso Fossali : « Le geste inventif, la trace réimaginée : nœuds représentationnels entre modalisations d’expérience et d’existence »

   
23 novembre 2016 – 13h30 Denis Bertrand : « Imagination, critique et création. Lecture sémiotique de Jean Starobinski »

* * *

François Rastier : « L’invention artistique, une découverte ? » (discutante : Lia Kurts-Woeste)

   
7 décembre 2016 – 13h30 Ivan Darrault-Harris: « De l’invention picturale. Le cas exemplaire d’Albert Ayme (1920-2012) »

* * *

Denis Vernant : « De l’invention, approche méthodologique »

   
4 janvier 2017 – 13h30 Jacques Fontanille : « Une invention majeure à la marge. Le cas du mouvement coopératif »

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Antonino Bondì : « Invention et Vérité(s). Entre imagination, imaginaire et institution »

 

   
18 janvier 2017 – 13h30 Anne Beyaert : « S’inventer par l’autoportrait » (discutant : Ludovic Chatenet)

* * *

Jean-Pierre Bertrand : «   Des conditions de l’invention en littérature »

   
1er février 2017 – 13h30 Maria Giulia Dondero : « L’archive comme moteur d’invention »

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Nicolas Couègnas : « Invention et imagination matérielle »

 
15 février 2017 – 13h30 François Provenzano : « De l’inventio à l’intervention : perspectives rhétoriques sur l’invention »

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Victor Rosenthal : « Réalité de la fiction »

   
1er mars 2017 – 13h30 Alessandro Zinna : « Innovation, valeur-temps, prototypes et tendances »

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Paolo Fabbri : « Émergences de l’invention: focalisation et récit dans les expériences de pensée »

   
15 mars 2017 – 13h30 Marion Colas-Blaise : « titre à définir »

* * *

Mathias Béjean : « titre à définir »

   
29 mars 2017 – 13h30 Didier Tsala Effa : « Interaction robotisée et personne âgée : formes résiduelles et invention d’un usage »

* * *

Conclusions (ou une autre intervention)

   

La préparation de ce séminaire a été assurée grâce aux contributions de :

Thématique de l’invention suggérée par Jean-François Bordron

Texte d’orientation (en fichier attaché): Pierluigi Basso Fossali

Texte de présentation : Pierluigi Basso Fossali & Jean-François Bordron (avec la collaboration de Denis Bertrand

Supervision : Le Comité Scientifique (Pierlugi Basso Fossali, Anne Beyaert-Geslin, Denis Bertrand, Jean-François Bordron, Nicolas Couégnas, Ivan Darrault-Harris, Maria Giulia Dondero, Jacques Fontanille, Didier Tsala-Effa, Alessandro Zinna).

Hommage à Michel Le Guern

Michel Le Guern

(1937-2016)

 

« Les Pensées sont les papiers d’un mort. » Michel Le Guern écrit cette phrase énigmatique en incipit de la Préface à son édition des Pensées de Pascal[1]. Elle résume un homme, simultanément philologue, sémanticien et humaniste. Dans sa simplicité factuelle, la phrase exprime d’abord une position théorique. Ni œuvre posthume, ni composition d’aphorismes, l’ouvrage qui fut appelé après-coup Pensées est un simple dossier de notes préparatoires à un livre qui, la mort aidant, ne verra jamais le jour. Le seul ordre de présentation qui vaille est alors celui dans lequel on les a trouvées. C’est bien le pivot de la démarche : l’inachèvement d’une œuvre à l’état de fragments figés à jamais et qui, dès lors, ne peuvent être publiés que tels quels. Avec cette proclamation d’humilité, Michel Le Guern rejette toutes les recompositions ultérieures qui impliquent une entrée par effraction dans les intentions supposées de l’auteur et se soumettent en réalité à la doxa de leur époque. Cet incipit est ainsi le foyer d’une réflexion philologique.

« Les Pensées sont les papiers d’un mort. » A l’écoute extrême du sens, le sémanticien prend les mots à la lettre. L’étrangeté de la phrase vient de la rencontre improbable de ces trois noms, « pensées », « papiers » et « mort », tous trois unis par un fil ténu qui tient au caractère métonymique de chacun d’eux. L’interprétation y cherche les traits isotopants susceptibles de les unir. Elle les découvre et perçoit même l’esquisse d’un récit de vie, depuis la subjectivité vivante des pensées jusqu’à sa disparition dans le cadavre, le temps de déposer une trace sur le support matériel du papier.

Or, par trois fois, cette même phrase revient dans le texte de Michel Le Guern. « Les Pensées sont les papiers d’un mort. » Elle sonne comme un refrain. Bien sûr, ça n’en est pas un, parce qu’elle assure à chaque fois son rôle d’argument au sein d’un contexte particulier. Et pourtant, dans la circonstance actuelle qui a attiré notre regard sur le texte de la Préface, la phrase prend cette résonance méditative. Et une nouvelle signification, plus large, se manifeste. C’est la réflexion un peu désabusée de l’humaniste qui, par contagion peut-être avec l’auteur qu’il a tant lu et tant étudié, reconnaît à l’œuvre de toute vie un caractère forcément épars. Des papiers.

La bonne distance caractérise aussi l’œuvre de Michel Le Guern. Elle est un modèle d’équilibre. Compagnon de route des sémanticiens structuralistes il est resté aussi philologue à l’ancienne. Passeur de la modernité, il l’a été également de la tradition. L’une est au service de l’autre et réciproquement. On se souvient par exemple que, pour lui, l’analyse sémantique de la métaphore offrait une garantie scientifique à l’analyse sémique, bloquant par définition le recours aux éléments parasites du monde naturel qui brisent le principe d’immanence : « L’analyse qui se fonde sur les emplois métaphoriques, écrit-il, offre l’avantage d’isoler les constituants linguistiques, ou sèmes, en raison de la nature métalinguistique du mécanisme de la métaphore. »[2] C’est ainsi qu’il rend hommage à Greimas et à son approche de l’analyse sémique tout en réclamant simultanément la prise en compte de la relativisation diachronique des significations.

Ainsi, homme de la justesse et de la médiété, c’est un grand compagnon de la sémiotique qui nous quitte, incarnant au mieux cette filiation que Greimas revendiquait pour la discipline naissante qu’il créait : la sémiotique est fille de la philologie.

Denis Bertrand

Président de l’Association Française de Sémiotique

[1] Paris, Gallimard, « Folio », 1972, p. 9, 11, 13.

[2] Sémantique de la métaphore et de la métonymie, Paris, Larousse, 1973, p. 115.

IASS-AIS. Colloque International – Médiations / Médiatisation

Colloque international

Jeudi 16 et 17 février 2017
Médiations/ Médiatisation

Salle 662 Escalier B 6 ét.
EHESS Bâtiment Le France 190 Av. de France – Paris 75013

Avec la collaboration du Laboratoire Mondes Américains, le Département Infocom IUTB de l´Université de Lille 3, la Revue latino- américaine de sémiotique et communication deSigniS et le concours de l’Ambassade de la République Argentine en France.

Full programe : designis_3

 

Fondation Henri Van Lier : site anthropogenie.com

La Fondation Henri Van Lier a le plaisir de vous annoncer que le site anthropogenie.com vient d’être entièrement rénové et que la totalité de l’œuvre du philosophe belge Henri Van Lier (1921- 2009) ainsi que les enregistrements audio, vidéo aussi bien que les articles critiques qui lui ont été consacrés, y sont désormais en accès libre et gratuit. 

Le projet de Van Lier a été de faire un « darwinisme des sciences humaines », c’est-à-dire de s’interroger sur les potentialités et les réalisations qui ont permis à homo de passer de l’état de primate à celui d’homme moderne. Si Van Lier est surtout connu et traduit pour ses travaux  sur la photographie (Philosophie de la photographie, Histoire photographique de la photographie), sa vision originale de la sémiotique occupe une large place dans les 30 chapitres de son œuvre monumentale Anthropogénie.

Comme le souligne Robert Maggiori dans l’article qu’il lui a consacré dans Libération en 2010, il s’agit d’une « œuvre philosophique et scientifique rarissime par son ampleur, à une époque qui penche plutôt pour le savoir en miettes (…). On se demande comment il est possible qu’un même livre puisse traiter de paléoanthropologie et d’images publicitaires, de vie amoureuse, d’outils agraires, de métaphysique, de tuning, d’économie ou de biologie… »

Autant dire que, quel que soit son domaine de spécialité, tout chercheur peut enrichir ses travaux en profitant de l’éclairage qu’apporte sur son sujet cet éveilleur d’idées. Ainsi, les linguistes trouveront matière à réflexion dans les Logiques de dix langues européennes. « Le français et le jardin », « L’anglais et la mer », « L’italien et l’estrade », « L’allemand et la forge », « L’espagnol et le gril », etc.  sont faciles à consulter sur le site consacré à l’ensemble de l’œuvre du philosophe. Il est également intéressant d’écouter les émissions présentant cinq de ces langues car « le corps des langues est avant tout musical ». De plus l’Histoire langagière de la littérature permet de faire le tour de la littérature française de La chanson de Roland à Claude Simon en trente émissions de trente minutes chacune, qui apportent un éclairage vivifiant sur les auteurs abordés.  

La nouvelle présentation du site, enrichi d’un glossaire, de résumés, d’un classement par thèmes et même de la possibilité d’une recherche par mots-clés, facilite grandement sa consultation et permet d’être guidé dans la découverte de cette œuvre foisonnante.

 

La Fondation Anthropogénie Henri Van Lier

Contact : hvl@anthropogenie.com