Séminaire de Sémiotique 2017-2018

SaISie

Séminaire International de Sémiotique à Paris

2017-18

L’INVENTION (II)

LES TENSIONS SÉMIOTIQUES ENTRE CRÉATIVITÉ ET INSTITUTION

Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme Maison Suger

16, rue Suger 75006 Paris (M° Odéon)

Les coordinateurs pour l’année 2017-18

Pierluigi Basso Fossali et Jean-François Bordron

Mercredi, 13h30-16h30

Texte d’orientation et programme

Invention et institution

Si l’institution porte la charge d’établir une certaine continuité, l’invention dessine, pour sa part, la nécessaire discontinuité du sens. On peut se demander si cette alternance est elle-même soumise à des règles ou si sa complexité est telle qu’il est possible de la considérer comme aléatoire. Le point de vue institutionnel peut se mesurer à la performativité d’une invention à partir de l’assurance d’une réinscription efficace de facteurs auparavant intraitables ou indéterminés dans son organisation traditionnelle ; mais l’invention peut opérer aussi un changement de paradigme qui oblige l’institution à se renouveler ou à passer la main à d’autres agences institutionnelles, parfois créées ad hoc (par ex. l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Le paradoxe est que sur le plan d’une appréciation synchronique, les institutions devraient afficher le caractère non nécessaire d’inventions ultérieures. C’est pourquoi les institutions cherchent à se présenter comme des instances organisatrices qui offrent des opportunités structurales, des programmes collectifs et des indicateurs de performativité efficiente en tant que modèles d’interaction dotés d’une histoire et d’une légitimation.

Saussure pensait la langue en tant qu’institution sui generis, au vu de son fondement arbitraire. Cependant, l’institution est une notion peu envisagée en sémiotique bien qu’elle soit au centre de divers problèmes et de diverses disciplines. On peut penser aux institutions symboliques de toute nature, aux institutions juridiques, au contrat social, aux institutions politiques, religieuses, etc. Une institution est ainsi la création d’un régime sémiotique au croisement de diverses disciplines et l’horizon de contrôle des praxis énonciatives qui en résultent.

L’institution se caractérise par une certaine stabilité dans le temps, ce qui est en partie sa raison d’être. En cela, on peut la comprendre comme une invention durable et souvent établie progressivement. Une institution, pour entrer dans une pratique, doit être perçue comme légitime. Elle pose donc, d’une façon générale, la question des systèmes de légitimité. Quelle que soit la source de sa légitimité, une institution suppose une certaine adhésion, donc une croyance (une foi) qui doit elle-même être fondée, rationnellement ou mythiquement.

Ces diverses strates (ou niveaux) d’organisation suggèrent que l’évolution d’une institution peut relever de différentes sources, chacune pouvant produire à sa façon des moments de crise. Ces crises paraissent propres à favoriser l’invention de nouvelles institutions ou de nouveaux dispositifs. C’est évident pour les institutions politiques. Mais il en va de même, par exemple, pour les institutions artistiques.

Dans les différents domaines sociaux il y a toujours une double contrainte : d’une part, suivre des normes et accepter des valeurs, d’autre part, jouer un rôle créatif ou simplement un rôle d’interprète qui doit en faire évoluer le sens (même à l’intérieur d’une tradition juridique).

L’invention ne serait alors qu’un passage déstabilisant dans la dialectique entre créativité et institution, qui oblige un domaine social à restructurer à la fois les normes et les styles d’appropriation des dispositifs. À ce propos, la numérisation et la restructuration des pratiques culturelles autour des logiciels disponibles ne peuvent qu’afficher des problèmes inédits dans la dialectique entre créativité et paramètres normatifs d’écriture, diffusion et archivage, avec une succession rapide d’inventions diverses qui favorisent la naissance de tendances praxiques qui se substituent les unes aux autres avant une appropriation et une mise aux normes appréciables (“viralité” apparente du neuf ).

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Nous proposons aux intervenants trois critères d’orientation avec un degré progressif (mais non contraignant) de précision, afin de structurer le débat et de favoriser une publication des actes cohérente et facettée, voire interdisciplinaire :

a) structurer les séances autour d’un domaine social spécifique : créativité et institutionnalisation du sens dans l’art, la science, la religion, la pédagogie, la médecine, la politique, etc. ;

b) se positionner de manière contrastive par rapport au domaine traité : les axes contrastifs pourraient être : paradigme / syntagme, procédure / style, utopie / hétérotopie, etc. et selon des approches synchroniques, diachroniques, diatopiques, etc. ;

c) envisager la possibilité d’analyser le même objet en mettant en tension la perspective de la créativité et la perspective de l’institution (ce qui pourrait être réalisé aussi à travers deux interventions relevant d’approches disciplinaires différentes).

On peut penser immédiatement à l’intérêt d’étudier des lieux sociaux (un établissement scolaire, un hôpital, un « fablab », etc.), des pratiques interactionnelles (le procès juridique, la négociation économique, etc.), des dispositifs (l’ergonomie relève à la fois de la sécurité normée d’emploi et de la libre assomption prothétique) selon deux perspectives différentes mais spéculaires (l’institution réfléchit les « marges » de créativité, cette dernière réfléchit le pouvoir des normes). Cela ne peut qu’avoir un reflet méthodologique : montrer comment la sémiotique peut constituer l’objet d’analyse selon des cadres de pertinence différents (l’immanence relève d’une stratégie d’intégration spécifique).

Calendrier : 8 novembre, 22 novembre, 6 décembre, 10 janvier, 24 janvier, 7 février, 28 février, 14 mars, 28 mars, 11 avril, 25 avril, 16 mai, 30 mai

Conseil scientifique: Pierluigi Basso, Denis Bertrand, Anne Beyaert-Geslin, Jean-François Bordron, Nicolas Couégnas, Ivan Darrault-Harris, Maria Giulia Dondero, Jacques Fontanille, Didier Tsala-Effa, Alessandro Zinna

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PROGRAMME

8 novembre

INTERVENANT (1) : Pierluigi Basso Fossali, « Invention et institutionnalisation de la créativité »

INTERVENANT (2) : Jean-François Bordron, « Institution et invention : le problème du continu sémantique »

DOMAINES : Présentation générale du séminaire

 

22 novembre

TABLE RONDE : Le tiers instituant et la subversion

INTERVENANTS : Antonino Bondì, Pierre-Antoine Navarette, Emmanuelle Pelard, Julien Thiburce, Enzo D’Armenio

DOMAINE : Le tiers instituant et la subversion

 

6 décembre

INTERVENANT (1) : Diana Luz Pessoa de Barros, « Invention et institution dans le discours juridique : le contentieux judiciaire sur la question de l’auteur »

INTERVENANT (2) : Sémir Badir : « Des institutions écologiques »

DOMAINES : INSTITUTIONS JURIDIQUES (1) / INSTITUTIONS POLITIQUES (1)

 

10 janvier

INTERVENANT (1) : Paolo Fabbri, « Inventer la tradition : ethno-sémiotique du tourisme »

INTERVENANT (2) : Hélène Pauliat : « Invention juridique et institutionnalisation par la jurisprudence »

DOMAINES : L’INVENTION DE LA TRADITION (1) / INSTITUTIONS JURIDIQUES (2)

 

24 janvier

INTERVENANT (1) : François Rastier, « L’invention artistique comme découverte etcomme métamorphose »

INTERVENANT (2) : Pierre Boudon

DOMAINE : INSTITUTIONS DE L’ART (1) ET (2)

 

7 février

INTERVENANT (1) : Jacques Fontanille, « La double contrainte de la recherche scientifique, entre invention et reproductibilité »

INTERVENANT (2) : Didier Tsala-Effa : « Jeux d’interactions en Ehpad : enjeux sémiotiques d’une institution socio-médicale »

DOMAINE : INSTITUTIONS SCIENTIFIQUES (1) ET MÉDICALES (1)

 

28 février

INTERVENANT (1) : Denis Bertrand

INTERVENANT (2) : Julien Longhi

DOMAINE : INSTITUTIONS POLITIQUES (2) ET (3)

 

14 mars

INTERVENANT (1) : Bruno Bachimont : « Le numérique et les normes : comment l’apriori (technique) devient institution (sociopolitique) »

INTERVENANT (2) : Peter Stockinger

DOMAINE : INSTITUTIONS ET TECHNOLOGIES NUMÉRIQUES (1 ET 2)

 

28 mars

INTERVENANT (1) : Anne Beyaert : « L’invention dans les arts plastiques, l’artisanat et le design »

INTERVENANT (2) : Michel Meyer

DOMAINES : INSTITUTIONS DE L’ART (3) / INSTITUTIONS DISCURSIVES (1) : les institutions oratoires

 

11 avril

INTERVENANT (1) : Michel Lussault

INTERVENANT (2) : Jean Lassègue

DOMAINES : GÉOGRAPHIE ET INVENTION DU TERRITOIRE (1) / FORMES SYMBOLIQUES DE L’INSTITUTION (1)

 

25 avril

INTERVENANT (1) : Romain Laufer

INTERVENANT (2) : Marion Colas-Blaise : « Institutionnaliser l’art, dés-institutionnaliser par la création : le geste performant »

DOMAINES : MANAGEMENT ET INSTITUTION (1) / INSTITUTIONS DE L’ART (4)

 

16 mai

INTERVENANT (1) : Dominique Maingueneau

INTERVENANT (2) : Dominique Ducard

DOMAINE : INSTITUTIONS DISCURSIVES (2 ET 3) : le cas de la philosophie

 

30 mai

INTERVENANT (1) : Ivan Darrault-Harris, conclusion

DOMAINE : INSTITUTIONS DE L’ART (5)

IASS-AIS. Colloque International – Médiations / Médiatisation

Colloque international

Jeudi 16 et 17 février 2017
Médiations/ Médiatisation

Salle 662 Escalier B 6 ét.
EHESS Bâtiment Le France 190 Av. de France – Paris 75013

Avec la collaboration du Laboratoire Mondes Américains, le Département Infocom IUTB de l´Université de Lille 3, la Revue latino- américaine de sémiotique et communication deSigniS et le concours de l’Ambassade de la République Argentine en France.

Full programe : designis_3

 

Fondation Henri Van Lier : site anthropogenie.com

La Fondation Henri Van Lier a le plaisir de vous annoncer que le site anthropogenie.com vient d’être entièrement rénové et que la totalité de l’œuvre du philosophe belge Henri Van Lier (1921- 2009) ainsi que les enregistrements audio, vidéo aussi bien que les articles critiques qui lui ont été consacrés, y sont désormais en accès libre et gratuit. 

Le projet de Van Lier a été de faire un « darwinisme des sciences humaines », c’est-à-dire de s’interroger sur les potentialités et les réalisations qui ont permis à homo de passer de l’état de primate à celui d’homme moderne. Si Van Lier est surtout connu et traduit pour ses travaux  sur la photographie (Philosophie de la photographie, Histoire photographique de la photographie), sa vision originale de la sémiotique occupe une large place dans les 30 chapitres de son œuvre monumentale Anthropogénie.

Comme le souligne Robert Maggiori dans l’article qu’il lui a consacré dans Libération en 2010, il s’agit d’une « œuvre philosophique et scientifique rarissime par son ampleur, à une époque qui penche plutôt pour le savoir en miettes (…). On se demande comment il est possible qu’un même livre puisse traiter de paléoanthropologie et d’images publicitaires, de vie amoureuse, d’outils agraires, de métaphysique, de tuning, d’économie ou de biologie… »

Autant dire que, quel que soit son domaine de spécialité, tout chercheur peut enrichir ses travaux en profitant de l’éclairage qu’apporte sur son sujet cet éveilleur d’idées. Ainsi, les linguistes trouveront matière à réflexion dans les Logiques de dix langues européennes. « Le français et le jardin », « L’anglais et la mer », « L’italien et l’estrade », « L’allemand et la forge », « L’espagnol et le gril », etc.  sont faciles à consulter sur le site consacré à l’ensemble de l’œuvre du philosophe. Il est également intéressant d’écouter les émissions présentant cinq de ces langues car « le corps des langues est avant tout musical ». De plus l’Histoire langagière de la littérature permet de faire le tour de la littérature française de La chanson de Roland à Claude Simon en trente émissions de trente minutes chacune, qui apportent un éclairage vivifiant sur les auteurs abordés.  

La nouvelle présentation du site, enrichi d’un glossaire, de résumés, d’un classement par thèmes et même de la possibilité d’une recherche par mots-clés, facilite grandement sa consultation et permet d’être guidé dans la découverte de cette œuvre foisonnante.

 

La Fondation Anthropogénie Henri Van Lier

Contact : hvl@anthropogenie.com